Je suis un "gourou", "lobbyiste", "chef de guerre", "manipulateur", "moine-soldat", "Savonarole 2.0", "homme-orchestre" d'une "horde de supporters violents et intimidants".
C'est ce que retiendront malheureusement les lecteurs de
@LEXPRESS à la lecture du portrait qui m'a été consacré cette semaine.
Les deux heures d'entretien dans lesquelles j'ai dressé la généalogie technique et philosophique de Bitcoin et sa proposition de valeur sont expédiées en deux lignes : "Les concepts philosophiques s'envolent, s'emmêlent, s'entrechoquent. On croise Rousseau, Constant, Tocqueville, Bastiat, Hayek."
Voilà. Place maintenant au pamphlet.
Mon "discours pseudoscientifique" servirait surtout à masquer un "appétit de gains" car "derrière des arguments soi-disant politiques ou philosophiques, seule compte la défense de [mon] patrimoine", selon Aurore Lalucq, interrogée pour l'occasion (sic).
Le vocabulaire et le champs lexical sont orientés à dessein. Je "prêche". Je "compte de plus en plus d'adeptes". Des termes religieux qui sous-entendent que j'ai quitté la rationalité.
"Êtes-vous d'extrême-droite ?"
"Êtes-vous complotiste ?"
"Êtes-vous un harceleur?".
Voilà les questions auxquelles j'ai dû répondre. Un "non" ne suffit pas, il faut se justifier, sinon c'est louche. Ce n'est plus un portrait, c'est un procès.
Et pourtant. Vous connaissez beaucoup de gourous dont le livre de référence commence par "Si vous cherchez un livre pour dénicher la nouvelle crypto qui vous rendra riche, reposez celui-ci sur l'étagère" ? Des gens d'extrême-droite qui parlent à longueur de journée de libertés fondamentales et de transition énergétique ? Des harceleurs qui publient des appels à ne pas invectiver leurs contradicteurs ?
S'il y a évidemment des gourous dans les cryptos, personne de sérieux ne peut décemment me mettre dans cette case.
Dix ans que je parcours la France pour essayer d'éduquer à Bitcoin. en me refusant aux facilités, à l'appel à l'argent facile. Que je donne gratuitement mon temps pour défendre la souveraineté numérique française, au Sénat, à l'Assemblée, dans les partis politiques, dans les media. Que je crée de l'emploi et paie des impôts, malgré l'hostilité locale et les appels du pied de l'étranger.
Pendant ce temps, Bitcoin est devenu le 5e actif le plus valorisé de la planète et un système de paiement plus utilisé que Visa. Nos "alliés" en font des réserves stratégiques et équilibrent leur réseau électrique avec, pendant que nos rivaux s'en servent pour leur commerce international.
Autant de sujets de fond qui auraient intéressé les lecteurs.
Mais tant pis pour eux. A la place, ils ont un portrait fallacieux de quelqu'un pour qui seul compterait la "défense de son patrimoine" fantasmé.
C'aurait pu être drôle si on n'avait pas ces jours-ci une tentative d'enlèvement par semaine de la part de prédateurs persuadés qu'on est tous riches et criminels parce qu'ils lisent des media comme celui-ci. Mais là je n'ai pas envie de rire.
Ca fait 10 ans que le crash est censé venir. Et il ne vient pas. Peut être qu'il y a autre chose derrière ?
Parlons-en sérieusement.