Ma tribune dans
@humanite_fr sur la guerre culturelle engagée par la droite radicale
@rockenseine @KNEECAPCEOL @iledefrance
La Région Île-de-France a annulé sa subvention au festival Rock en Seine, en raison de la présence du groupe irlandais Kneecap jugé “politiquement inacceptable” pour son soutien à la Palestine. Ce n’est pas un simple désaccord, ni un ajustement budgétaire. C’est une tentative de censure sans précédent de la programmation d’un festival. L’objectif est clair : faire taire ce qui dérange.
Cette décision est d’autant plus scandaleuse qu’elle intervient en plein drame humanitaire à Gaza, à un moment où l’ONU déclare une famine et où de nombreuses organisations internationales évoquent le génocide en cours. Vouloir interdire un groupe engagé dans la dénonciation de cette tragédie, sans nier la souffrance des victimes du terrorisme, c’est choisir le camp du silence et de l’effacement.
Et pourtant le concert de Kneecap à Rock en Seine s’est tenu sans le moindre incident. Aucune tension, aucune violence. Rien d’autre que des artistes, de la musique, du public. Preuve, s’il en fallait, que ce que redoutent certains élus, ce n’est pas le désordre, c’est la liberté.
La réalité est que la droite radicale mène désormais une attaque frontale et inédite contre la culture. Elle veut faire taire, soumettre, purifier. Elle dénonce un auteur « déviant », une chanson « décadente », un festival « dangereux ». L’histoire nous a appris à reconnaître certaines logiques : trier les artistes, cibler les œuvres, définir ce qui est « acceptable » ou non. Ce fut un temps les autodafés, au sens littéral du terme : jeter les livres dans les flammes. Ce sont désormais les censures budgétaires et les exclusions symboliques.
Aujourd’hui, en France, des régions et des villes coupent massivement les aides à la culture. À Fréjus, Béziers, Perpignan, Orange ou Saint-Cloud, on déprogramme les artistes « non conformes », on moralise, on interdit, on met fin aux tarifs accessibles comme si ouvrir la culture à tous était une menace.
Parallèlement à ces coupes budgétaires, la droite radicale déploie une autre stratégie, plus insidieuse : la prise de contrôle de l’imaginaire collectif. À l’image du Puy du Fou, comme l’a souligné récemment le journal Le Monde, elle multiplie les spectacles et reconstitutions historiques à la gloire d’une France pré-révolutionnaire et réactionnaire. Elle vise à imposer son récit identitaire, excluant les luttes, les marges, la diversité.
Nous devons mener cette bataille culturelle et porter une autre vision du monde et de la société, une vision libre et ouverte. Une vision qui rassemble au lieu d’exclure, qui relie au lieu d’enfermer. Sans cette bataille, il n’y aura pas de victoire politique de la gauche.
Dans ce cadre général, les festivals sont attaqués parce que ce sont des lieux de liberté, de mélange, de jeunesse, qui échappent à leur logique d’ordre. La musique est trop vivante et trop métissée pour entrer dans leur récit identitaire.
Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas seulement la liberté artistique, de création ou d’expression, c’est notre capacité collective à penser, à contester, à imaginer autre chose qu’une identité figée et mortifère.
Rock en Seine a choisi de ne pas se soumettre et de ne pas censurer sa programmation. Nous en sommes fiers, parce que la culture ne s’achète pas, elle ne se soumet pas, elle ne se négocie pas. Parce que nous sommes restés libres.
Défendre la culture aujourd’hui, ce n’est pas défendre une esthétique, c’est défendre une idée de la société, c’est défendre la démocratie.
La culture est ce qui nous reste quand tout vacille.