Quelle sainteté a Jérusalem pour les musulmans ?
Pour commencer, le Coran ne mentionne jamais JĂ©rusalem par son nom. Au moment de la rĂ©daction du Coran, la ville de JĂ©rusalem avait Ă©tĂ© appelĂ©e par ce nom â JĂ©rusalem â depuis au moins 1000 ans, remontant Ă lâĂ©poque du roi David. CâĂ©tait une ville assez connue avec une histoire dense et il nây a aucune raison pour que le Coran ne lâappelle pas par son nom. De nombreuses autres villes sont mentionnĂ©es dans le Coran, toutes par leur nom usuel. Notre Bible, pour sa part, fait rĂ©fĂ©rence Ă JĂ©rusalem par son nom 667 fois...
Les musulmans prĂ©tendent que lorsque le Coran parlait dâ« Al Aksa », il faisait rĂ©fĂ©rence Ă JĂ©rusalem. Le terme « Al Aksa » signifie littĂ©ralement « la plus Ă©loignĂ©e » ou « la plus lointaine » et elle nâest mentionnĂ©e dans le Coran quâune seule fois et de maniĂšre vague. Le verset dĂ©clare : « BĂ©ni soit-Il qui a amenĂ© Son serviteur de nuit du sanctuaire sacrĂ© au sanctuaire le plus extĂ©rieur (Al-Masdjid Al-Aksa) ». Et câest tout. VoilĂ tout lâamour du Coran pour JĂ©rusalem.
Les musulmans prĂ©tendent que cela fait rĂ©fĂ©rence au moment oĂč Mahomet serait montĂ© au ciel vivant sur son blanc destrier. Ce que lâon ignore, mĂȘme pour de nombreux musulmans, câest que cet Ă©vĂ©nement supposĂ© nâest pas du tout mentionnĂ© dans le Coran. Sur la base de ce verset, il est devenu une partie du folklore arabe bien aprĂšs sa mort. Quand il est supposĂ© avoir fait cela, en 632, il avait dĂ©jĂ conquis toute lâArabie et Ă©tabli lâislam comme religion dâĂtat.
La religion tournait alors, comme aujourdâhui dâailleurs, autour des lieux saints de La Mecque et de MĂ©dine, toutes deux en Arabie. JĂ©rusalem et le reste de la Terre dâIsraĂ«l Ă©taient loin. En fait, les Arabes ne conquirent la Terre dâIsraĂ«l quâen 638, six ans aprĂšs la mort de Mahomet, lorsquâils la prirent Ă lâEmpire byzantin (chrĂ©tien) et lâintĂ©grĂšrent Ă un empire arabo-musulman. Les Arabes nâavaient pas de nom particulier pour dĂ©signer cette rĂ©gion et adoptĂšrent simplement le nom romain Palestinae, quâils prononçaient « Falastin », car le son « p » nâexiste pas dans la langue arabe. AprĂšs cela, une grande partie de la population mixte de Falastin se convertit Ă lâislam et adopta la langue arabe.
Ne semble-t-il pas un peu Ă©trange que Mahomet sâenvole soudainement de lâArabie, le cĆur de lâislam, vers JĂ©rusalem, une ville byzantine qui ne faisait pas partie de son empire et oĂč il nây avait pas un seul musulman ou mosquĂ©e, et quitte la Terre depuis le Mont du Temple oĂč se trouvait une Ă©glise Ă lâĂ©poque ? Il aurait pu tout aussi bien partir dâAthĂšnes, de Rome ou de toute autre ville chrĂ©tienne.
Alors, comment « la mosquĂ©e la plus Ă©loignĂ©e » et JĂ©rusalem sont-ils devenus synonymes ? En 638, lorsque JĂ©rusalem fut conquise par les Arabes, le calife, Omar Ibn al-Khattab, demanda Ă Sophrone, le patriarche grec qui gouvernait la ville, de lui montrer la Masdjid Dawud ou mosquĂ©e de David (le terme arabe pour le Temple juif). Il fut emmenĂ© dans un bĂątiment Ă lâextrĂ©mitĂ© sud du mont du Temple, dont les historiens pensent quâil sâagit dâun bĂątiment juif datant de la pĂ©riode du DeuxiĂšme Temple. Il entra et, selon la tradition arabe, nettoya certains des dĂ©chets accumulĂ©s Ă lâintĂ©rieur au cours de centaines dâannĂ©es de nĂ©gligence et y pria.
Cependant, la construction dâune vĂ©ritable mosquĂ©e ne commença quâau moins cinquante ans plus tard sous le calife de Damas, Abd al-Malik, et ne fut achevĂ©e que plus tard par son fils, Al-Walid, qui rĂ©gna Ă©galement Ă partir de Damas, en lâan 705. Câest le site qui est maintenant revendiquĂ© comme le troisiĂšme le plus saint de lâislam. Ce nâest PAS la mosquĂ©e au dĂŽme dorĂ© au milieu du mont du Temple, mais la mosquĂ©e au dĂŽme gris Ă son extrĂ©mitĂ© sud. Al-Malik lâappela la mosquĂ©e Al-Aksa pour des raisons politiques. Il Ă©tait dans une lutte de pouvoir avec ses homologues en Arabie et tentait de leur arracher le contrĂŽle du monde musulman. JusquâĂ cette Ă©poque, il nây avait aucune tradition dans lâislam selon laquelle le terme « Al-Aksa » faisait rĂ©fĂ©rence Ă JĂ©rusalem. Al-Aksa Ă©tait simplement un lieu mystique inconnu. En 691, Al-Malik acheva la mosquĂ©e au dĂŽme dâor qui orne maintenant tous les dĂ©pliants touristiques. Il construisit cette mosquĂ©e Ă lâemplacement exact des deux Temples juifs. Pourquoi fit-il cela ? Pour la mĂȘme raison, les chrĂ©tiens y avaient Ă©galement construit une Ă©glise : pour dĂ©montrer quâils reprĂ©sentaient la vraie religion. Une Ă©glise sur le site du Temple juif prouvait que le christianisme avait supplantĂ© le judaĂŻsme et une mosquĂ©e sur ce site prouvait que lâislam avait supplantĂ© les deux. Tous deux avaient saisi que JĂ©rusalem reprĂ©sentait la vĂ©ritĂ©.
Ă ce jour, les musulmans se tournent vers La Mecque lorsquâils prient, et non vers JĂ©rusalem comme le font les Juifs du monde entier. Lâironie est quâau moment de prier, ces Arabes du Mont du Temple tournent le dos Ă la mosquĂ©e, sâagenouillent et prient vers La Mecque. Pendant environ 1200 ans, la terre resta en friche. Les dirigeants arabes ne tentĂšrent jamais de reconstruire ou embellir la ville, pas plus que les Turcs ottomans musulmans, qui rĂ©gnĂšrent pourtant sur le pays pendant 400 ans (de 1517 Ă 1917). En 1099, des CroisĂ©s chrĂ©tiens dâEurope conquirent la Palestine lors de la PremiĂšre Croisade. Au cours des deux siĂšcles suivants, chrĂ©tiens et musulmans se battirent pour le contrĂŽle de la terre, qui oscilla entre eux. MĂȘme Ă leur apogĂ©e, les royaumes croisĂ©s ne dĂ©veloppĂšrent jamais dâidentitĂ© nationale. Elle resta un avant-poste militaire de lâEurope chrĂ©tienne â aucun pionner nâarriva ni mĂȘme lâenvisagea â et dura moins de 200 ans avant de finalement sâeffondrer sous lâassaut arabe.
Les Arabes, mĂȘme aprĂšs avoir reconquis la Palestine, ne lui attribuĂšrent aucune signification religieuse ou nationale particuliĂšre. CâĂ©tait simplement une partie de la zone continentale musulmane. Lorsque Salah-A-Din (Saladin en français) arracha JĂ©rusalem aux CroisĂ©s en 1187, il ne lui accorda aucune importance ; en fait, il ne permit mĂȘme pas de reconstruire ses murs dĂ©truits. Au lieu de cela, il choisit Ramla comme capitale rĂ©gionale. (Les CroisĂ©s avaient dĂ©signĂ© Akko [Acre] comme la leur. Plus tĂŽt dans lâhistoire, les Romains avaient choisi Caesaria. Seuls les Juifs ont Ă©tabli JĂ©rusalem comme capitale.)
En 1249, le sultan Ă©gyptien Al-Kamil, souverain de Palestine, cĂ©da JĂ©rusalem, ainsi que Nazareth et BethlĂ©em, Ă lâempereur FrĂ©dĂ©ric II du Saint-Empire romain germanique dans le cadre dâun traitĂ© de paix mettant fin Ă la SixiĂšme Croisade. Rien que cela Ă©tait lâaveu incroyable que JĂ©rusalem nâavait aucune signification rĂ©elle pour les musulmans. Mais les propos du Sultan sont encore plus Ă©loquents. Ă lâĂ©poque, il dĂ©clara : « Je nâai cĂ©dĂ© que des Ă©glises en ruine et des bĂątiments dĂ©truits ». Les gens qui y vivaient Ă©taient toujours les sujets dâun calife lointain qui les gouvernait depuis sa capitale, qui Ă©tait Ă lâorigine Damas. Plus tard, ce fut Le Caire, puis Bagdad et enfin Istanbul. Si JĂ©rusalem avait une quelconque importance, religieuse ou politique, nây aurait-il pas eu un califat de JĂ©rusalem ?
Jusquâen 1900, JĂ©rusalem Ă©tait encore une petite ville isolĂ©e apparemment abandonnĂ©e par lâhistoire. Elle nâa jamais Ă©tĂ© une destination de pĂšlerinages religieux pour les musulmans. MĂȘme pendant la pĂ©riode de 1948 Ă 1967, lorsque le Mont du Temple Ă©tait aux mains des Jordaniens, trĂšs peu de chefs religieux islamiques de quelque statut que ce soit ne sây sont rendus, et certainement aucun membre de la famille royale saoudienne. Un musulman qui fait le Haj ou le pĂšlerinage Ă La Mecque peut ajouter le titre honorifique dâAl-Haj Ă son nom pour le reste de sa vie. Un voyage similaire Ă JĂ©rusalem ne comporte absolument aucune signification religieuse.
Ce qui ressort clairement de toutes les archives historiques, câest quâĂ partir du moment oĂč les Juifs ont Ă©tĂ© exilĂ©s par les Romains, la rĂ©gion connue sous le nom de Palestine nâa jamais Ă©tĂ© la patrie dâune autre nation. La Palestine nâa jamais existĂ© en tant que pays. Il nây a jamais eu de terre connue sous le nom de « Palestine » qui ait Ă©tĂ© gouvernĂ©e par des Palestiniens. Elle nâa jamais eu de frontiĂšres dĂ©finies ni de culture autochtone. Vous pouvez chercher dans toutes les bibliothĂšques du monde, vous ne trouverez pas un seul volume sur lâhistoire du peuple palestinien. Il nâa jamais existĂ©.
Ătudiez les diffĂ©rentes cartes du Moyen-Orient des annĂ©es 1800, il nây en a pas deux qui montrent les mĂȘmes frontiĂšres. Certains incluent le Liban dans le cadre de la Palestine et certains incluent mĂȘme la Syrie. La Palestine avait le mĂȘme sens vague que le « Maghreb » ou le « Midwest » amĂ©ricain. CâĂ©tait un terme gĂ©ographique, utilisĂ© pour dĂ©signer la rĂ©gion Ă cette Ă©poque de lâhistoire oĂč il nây avait ni nation ni Ătat. Chaque livre publiĂ© avant les annĂ©es 1950 dĂ©crit la Palestine comme une rĂ©gion.
Extrait du "Guide du JudaĂŻsme orthodoxe expliquĂ© aux non-orthodoxes" bientĂŽt Ă©ditĂ© aux Editions Torah-Box đ
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